Depuis mercredi 27 novembre dernier, Kinshasa vibre au rythme du handball féminin pour cette CAN 2024, où les meilleures nations du continent s’affrontent. Après un parcours marqué par des exploits et une qualification, la 11ème de leur histoire, pour la Coupe du Monde Allemagne-Pays-bas 2025, la Tunisie a trébuché face au Sénégal en demi-finale (18-26), ce vendredi 06 décembre au gymnase jumelé du stade des Martyrs. Un revers difficile à digérer pour les joueuses et leur entraîneur, Kévin Willy Decaux, qui ont fait preuve d’abnégation depuis le début de la compétition.
Entre satisfaction d’avoir atteint un objectif majeur et frustration de ne pas avoir fait mieux, il s’est exprimé avec franchise sur les défis rencontrés, l’état d’esprit de son groupe et les perspectives de l’équipe nationale tunisienne dans une interview accordée à Nervy Kadiebue.
Nervy Kadiebue : Bonsoir, coach. Vous avez réalisé une bonne CAN sur le plan du jeu et de la tactique, en commençant doucement puis en montant en puissance jusqu’à atteindre les quarts de finale. En demi-finale, vous avez montré un autre visage. Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ?
Kévin Willy Decaux : C’est une bonne question. Si je devais répondre, je dirais que nous avons rencontré des défis. Peut-être que c’était un jour sans. Nous avons échoué aux tirs, aux duels et à six mètres. Nous avons mis nos gardiennes en difficulté ; elles n’ont réalisé que deux arrêts. Nous n’avons marqué qu’un but en dix minutes. Il est donc compliqué de gagner un match dans ces conditions.
Nous avons manqué d’agressivité en défense en début de rencontre. Ensuite, nous nous sommes un peu réveillés en seconde période, mais c’était insuffisant pour battre le Sénégal. Ils nous ont surpassés dans tous les domaines aujourd’hui. Nous n’étions pas présents, c’est dommage. Nous essaierons de nous rattraper demain.
Nervy Kadiebue : Est-ce la gestion mentale qui n’a pas été à la hauteur aujourd’hui ?
Kévin Willy Decaux : Je ne sais pas, je ne suis pas psychologue. Nous avons tout fait pour les mettre dans les meilleures dispositions, travaillé pour les motiver, etc. Après, sur le terrain, c’est le sport. Il y a des jours sans. Aujourd’hui en était un.
Nervy Kadiebue : Vous étiez menés à la pause. En seconde mi-temps, vous êtes revenus à quatre buts, puis vous avez replongé. Qu’est-ce qui s’est passé ?
Kévin Willy Decaux : On peut perdre de quatre buts, c’est logique. À la fin, il y a eu un relâchement. Le score ne reflète pas notre prestation. Je pense que nous perdons de trois ou quatre buts, ce qui est tout à fait logique. Huit, c’est exagéré, car à la fin, nous baissons les bras. Dans tous les cas, nous n’avons pas joué notre meilleur handball. Je pense qu’avec le niveau habituel de la Tunisie, cela aurait été un autre match.
Nervy Kadiebue : Quels ont été les points faibles et les points forts de l’équipe durant cette compétition ?
Kévin Willy Decaux : Le point fort, je dirais, c’est notre mental. Nous revenons de loin. N’oublions pas que nous étions quatrièmes de notre groupe. Nous avons affronté le Congo en quart de finale et les avons battus. C’est déjà extraordinaire. Notre objectif était d’aller en Coupe du Monde, et il est atteint. C’est bénéfique maintenant.
Après, c’est dommage, car je sais que les filles sont capables de mieux. Il y a de la frustration, car nous pouvons faire mieux. Nous l’avons démontré. Vous l’avez vu, les supporters l’ont vu. Aujourd’hui, nous n’avons pas répondu aux attentes. C’est vraiment dommage.

Nervy Kadiebue : Allez-vous conserver le même groupe pour la Coupe du Monde ou y aura-t-il des modifications ?
Kévin Willy Decaux : La Coupe du Monde, c’est dans un an. Nous ne savons pas ce qui se passera d’ici là.
Nervy Kadiebue : Globalement, que peut-on retenir de l’équipe tunisienne durant cette compétition ?
Kévin Willy Decaux : La cohésion. C’est un groupe unique. Malgré les difficultés, nous avons su relever les défis. Le plus grand défi était de se qualifier pour le Mondial, et nous l’avons fait. Nous aurions voulu faire mieux pour la gloire, mais nous avons échoué. Il nous reste un match. Ne pas rentrer bredouilles serait vraiment dommage, au vu de tout le travail accompli. Nous allons nous battre pour décrocher cette troisième place.
Nervy Kadiebue : Votre adversaire de demain sera probablement l’Angola, qui joue contre l’Égypte ce soir ?
Kévin Willy Decaux : Je pense que nous allons jouer contre l’Égypte, pas l’Angola, normalement (rires). Mais il reste un match. Nous allons respecter l’Égypte. C’est clair qu’il y a l’Angola et les autres. Si la logique est respectée, ce sera l’Égypte. Ce sera un gros match, car c’est comme un derby pour nous, au Maghreb.
Les Égyptiennes, lors des dernières confrontations, ont pratiquement éliminé la Tunisie. La Tunisie s’est vengée en match de classement. Donc, si c’est elles, ce sera un gros match.
Nervy Kadiebue : Avec quel état d’esprit allez-vous aborder ce match ?
Kévin Willy Decaux : Un derby, ça se gagne. C’est comme la RD Congo contre Congo-Brazzaville. Au-delà de la médaille, il y a la dignité.
Nervy Kadiebue : Techniquement, comment jugez-vous le niveau de la compétition ?
Kévin Willy Decaux : Le niveau de la CAN a vraiment augmenté. Aujourd’hui, il y avait peut-être deux ou trois nations en dessous. Après, toutes les autres pouvaient se battre. La preuve ? Nous finissons quatrièmes et battons le Congo-Brazzaville. Le Cameroun s’est fait sortir. Chaque match était différent. Le niveau africain a augmenté cette année pour tout le monde.
Nervy Kadiebue : Pour finir, coach, comment avez-vous trouvé l’ambiance, l’accueil et l’organisation à Kinshasa ?
Kévin Willy Decaux : Très bien. Pour une première, la RDC a relevé le défi. Ce n’était pas gagné. Je pense que c’était un vrai challenge pour le pays et les organisateurs. Nous avons eu une belle ambiance, un public fair-play, qui a soutenu les équipes malgré tout. Très belle ambiance, nous avons été très bien reçus. Je remercie le pays, les supporters et les organisateurs.
Nervy Kadiebue : Merci pour cette interview, coach. Bonne chance pour la suite !
Kevin Willy Decaux : Merci à vous et à tous ceux qui nous soutiennent. À bientôt !



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