En quelques semaines, le Nigeria a fermement réaffirmé sa mainmise sur le sport féminin africain. Tandis que les Super Falcons décrochaient un dixième sacre historique à la CAN féminine 2025 au Maroc, les D’Tigress ajoutaient une cinquième couronne consécutive à leur palmarès à l’Afrobasket en Côte d’Ivoire, portant leur total à sept titres. Du gazon brûlant du Stade Olympique de Rabat au parquet vibrant du Palais des Sports de Treichville à Abidjan, les Nigérianes ont imposé leur loi dans leurs disciplines respectives.

Pourtant, ce double triomphe ne s’est pas écrit sans combats acharnés. Bien que favorites, les Super Falcons ont dû éliminer les tentantes du titre sud-africaines en demi-finale, avant de renverser un Maroc galvanisé par son public en finale. De leur côté, les D’Tigress ont livré une intense demi-finale face au Sénégal, recordman avec 11 titres, avant d’imposer leur puissance contre les Aigles Dames du Mali. Deux parcours acharnés, deux médailles d’or, une seule histoire : celle des femmes qui ne lâchent rien.

Super Falcons : retour royal sur le trône d’Afrique

Menées 2-0 à mi-temps, le Nigeria a signé une remontada (3-2) pour décroché son dixième titre. © CAF

Le samedi 28 juillet 2025, Rabat a écrit une nouvelle page mémorable du football féminin africain. Sept ans après leur dernier triomphe, les Super Falcons ont retrouvé la gloire en décrochant leur dixième CAN, au terme d’une finale haletante face au Maroc. Un exploit retentissant qui les inscrit durablement au sommet du football africain. Dix titres en treize éditions. Aucune sélection féminine, pas même les géants comme les États-Unis ou l’Allemagne, ne peut prétendre à une telle domination continentale.

Ce sacre, elles l’ont arraché à force de courage et de détermination. Dans un Stade Olympique de Rabat en cocotte-minute prête à exploser, les Lionnes de l’Atlas du Maroc ont pris le jeu à leur compte dès les premières minutes, donnant à cette finale des allures de véritable classique. Ghizlane Chebbak (13ᵉ) puis Sanaâ Mssoudy (24ᵉ) ont fait vibrer les tribunes et fait naître l’espoir dans tout un pays. À la mi-temps, le Maroc menait 2-0, croyant déjà touché du doigt sa première étoile.

Mais, c’est à ce moment-là que les grandes équipes forgent leur légende. Revenues sur le terrain avec l’énergie du désespoir et la ténacité des championnes, les Super Falcons ont retourné le match. Esther Okoronkwo a d’abord réduit l’écart sur penalty à la 64ᵉ, avant d’offrir un caviar pour Chinwendu Ijamilusi, qui égalisait à la 71ᵉ. Puis, dans un moment suspendu, Jennifer Echegini surgissait sur un coup franc d’Okoronkwo pour crucifier le Maroc : 3-2, c’était plié. Le Nigeria retrouvait son trône.

« À la mi-temps, nous avons rassemblé notre détermination, car c’était tout ou rien », lâchait Esther Okoronkwo, elue joueuse de la finale.

« En deuxième mi-temps, elles ont exercé une forte pression sur nous. On avait plus des jambes », admettait Jorge Vilda, sélectionneur du Maroc.

La CAN 2025, écrite en lettres Vert-blanc-vert

Le Nigeria a presque tout raflé aux récompense individuelles de la CAN féminine Maroc 2024. © Photos : CAF, Graphique : Nervy Kadiebue

Sous la houlette de Justin Madugu, arrivé à la tête de l’équipe moins d’un an avant le tournoi, les Super Falcons ont mené une campagne exemplaire. Invaincues lors de la phase de groupes avec 7 points dans le groupe B, elles ont écrasé la Tunisie (3-0), battu le Botswana (1-0), puis concédé un nul contre l’Algérie (0-0).

En quarts de finale, elles ont étouffé la Zambie (5-0), puis éliminé les championnes en titre sud-africaines (2-1), grâce à un but décisif de Michelle Alozie en toute fin de match. Bilan : 14 buts marqués, 3 encaissés, 4 clean sheets – une équipe impitoyable, sûre de sa force.

Des individualités éclatantes au service du collectif

Si le collectif a brillé de mille feux, certains individualités ont littéralement crevé l’écran. La capitaine Rasheedat Ajibade a été sacré Meilleure joueuse du tournoi. Chiamaka Nnadozie, impeccable dans les cages, a décroché le prix de la Meilleure gardienne. Esther Okoronkwo a fini Meilleure passeuse avec 6 assists, tandis que Justin Madugu a été sacré Meilleur entraîneur.

Quatre Super Falcons ont été retenues dans l’équipe-type du tournoi : Nnadozie (gardienne), Alozie (défense), Okoronkwo et Ajibade (attaque). Des récompenses amplement méritées pour un groupe qui a mené sa mission à bien  : « Mission X », le nom de code interne pour ce dixième sacre, est désormais une réalité.

D’Tigress : cinq ans d’un règne sans partage

Abidjan en feu pour la finale de l’AfroBasket 2025, le Mali face à la muraille nigériane. © FIBA

Après que les Super Falcons ont fait vibrer Rabat, les D’Tigress ont imposé leur domination sur le parquet du Palais des Sports de Treichville d’Abidjan dimanche 03 août 2025. En s’imposant face au Mali en finale (78-64), les Nigérianes ont décroché leur septième titre continental… et surtout leur cinquième consécutif. Un exploit inédit dans l’histoire de l’AfroBasket féminin.

Le duel face Mali, finaliste également en 2021, a mal débuté pour les Nigérianes, menées 26-21 à l’issue du premier quart-temps. Mais elles ont recollé au score à la pause (41-41), pris l’avantage dans le troisième quart-temps (61-56), puis resserré la défense dans l’ultime période, ne concédant que 8 points, pour finalement s’imposer avec 14 longueurs d’avance au buzzer final.

« C’est une question de mental.  Face à une équipe solide comme la leur, il faut rester concentré du début à la fin », confiait Sika Koné, pivot du Mali auteure de 16 points et 13 rebonds en finale, en conférence de presse d’après match.

« Nous ne pouvons que les féliciter. On sait que c’est une équipe olympique, une véritable grosse cylindrée », reconnaissait Oumarou Sidiya, sélectionneur du Mali.

Les D’Tigress, la loi du parquet à Abidjan

Les Nigerianes célèbrant leur titre de l’Afrobasket 2025 au Palais des Sports de Treichville d’Abidjan. © FIBA

Les D’Tigress ont dicté leur loi, du début à la fin du tournoi. Rwanda ? Écrasé (92-45). Mozambique ? Écarté (60-55). Deux matchs en phase de groupes, deux leçons. En quarts, le Cameroun a subi la même sentence (83-47).

Puis est venu le Sénégal en demi-finales. L’ancienne bête noire. Le match a été accroché, tendu, musclé. Mais les Nigérianes ont tenu bon (75-68). En finale, elles ont fini le travail en patronnes. L’AfroBasket 2025, c’était pour elles. Clairement.

Depuis 2017, les Nigérianes n’ont perdu aucun match à l’AfroBasket. 29 victoires de rang. Le Sénégal, pourtant roi historique avec 11 titres, semble avoir cédé le trône à une nouvelle dynastie.

Une machine bien huilée

Amy Okonkwo, sacrée meilleure joueuse (MVP) du tournoi pour la deuxième édition consécutive et tête de série du cinq majeur de l’AfroBasket 2025, a brillé avec 19 points en finale, dont 4 tirs à 3 points primés sur 7 tentés. Ezinne Kalu, véritable métronome, a inscrit 20 points et distribué le jeu avec une grande précision. La pivot Victoria Macaulay a aussi contribué avec 10 points et une présence défensive constante.

En plus de ce trio de maîtresses à jouer, Murjanatu Musa et Promise Amukamara ont aussi brillé en finale face aux Aigles Dames du mali avec respectivement 12 rebonds et 11 passes décisives.

De gauche à droite Ezinne Kalu, Amy Okonkwo et Victoria Macaulay, les 3 leaders des D’Tigress. © Photos : FIBA, Graphique : Nervy Kadiebue

« C’est une période cruciale pour le basket féminin et un grand défi, non seulement pour nous, mais aussi pour les jeunes joueuses qui montent. ‎Nous sommes tous heureux de motiver les jeunes filles de ce pays en leur donnant cette confirmation d’espoir », déclarait Ezinne Kalu, capitaine du Nigeria, à la réception de l’équipe à Abuja.

Sur le banc Rena Wakama, l’architecte de la dynastie

Rena Wakama, 33 ans, est plus qu’une coach : elle est l’âme de cette équipe nigeriane. Première femme à diriger les D’Tigress, elle a transformé le banc en un poste de commandement victorieux, jusqu’à mener l’équipe à deux titres successifs (2023 et 2025), restant invaincue sur le continent depuis sa nomination.

Élue Meilleure coach FIBA Afrique 2024 après le tournoi de basketball féminin des JO Paris 2024, Wakama incarne une nouvelle génération de leaders : rigoureuse, tactique, inspirante. Son travail lors des Afrobasket 2023 et 2025, ainsi que durant le Tournoi de basketball des Jeux olympique Paris 2024, est unanimement salué.

Rena Wakama, première femme à remporter deux AfroBasket. © FIBA

« Je suis reconnaissante envers mes filles, mes reines. Sans elles, rien n’est possible. Et je suis heureuse de pouvoir récolter les fruits de leur travail », déclarait-elle avec modestie après la finale.

Leçon nigériane, réveil continental

Deux trophées, deux équipes, un seul pays : le Nigeria. Le message est clair. Pendant que certains comptent leurs excuses, les Nigérianes empilent les titres. Elles n’ont pas gagné parce qu’on leur a tout donné. Elles ont gagné malgré tout. Malgré les retards de primes, les coups tordus de la fédération, l’indifférence de ceux qui ne voient dans le sport féminin qu’un supplément d’âme.

Et pourtant, elles sont là toujours. Plus fortes. Plus unies. Plus reines que jamais.

Ce que le Nigeria démontre va bien au-delà des parquets et des pelouses : c’est une vision. Détection précoce, encadrement sérieux, compétition permanente. Pendant que d’autres pays africains comme la RDC, championne d’Afrique à deux reprises en basketball féminin par le passé, attendent des miracles, le Nigeria construit pas à pas. Sans bruit. Sans excuses.

Le Sénégal, le Mali, la Côte d’Ivoire ou encore le Soudan du Sud – qui monte en puissance (révélation de l’AfroBasket 2025 avec une médaille de bronze), ont les joueuses talentueuses. Ce qu’il leur faut maintenant, c’est du nerf. Du sérieux. Des moyens. Parce que tant que seule une poignée de nations joue vraiment le jeu, le palmarès restera en vert-blanc-vert.

Les Super Falcons et les D’Tigress ne sont pas seulement des championnes. Elles sont le rappel brutal que quand on prend le sport féminin au sérieux, on peut tout rafler. Il est temps que le reste de l’Afrique cesse d’applaudir… et commence à construire pour rivaliser. En fin de compte, ça sera toujours le sport féminin africain qui gagnera.

Nervy Kadiebue


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